Valeurs Vertes N°60 (Février 2003) - La Chronique de FinÆnviro *


Le tour du monde en 80 valeurs vertes (suite): Transports/communications: déplacer les montagnes... de contradictions


Pourquoi en France la part des écoliers et lycéens se rendant à leurs cours à pied ou en vélo est-elle passée, en vingt ans, de plus des deux tiers à moins du tiers? Au delà des craintes de toutes sortes, et de l'adoption de plus en plus répandue de modes de vie privilégiant le confort (pas d'intempéries, de chaleur, ou d'efforts excessifs pour les chers bambins), deux phénomènes sociaux semblent jouer.

D'une part l'élévation du niveau de consommation favorise l'ostentation par rapport aux modes de vie plus frugaux des générations précédentes: si les trajets hier couverts en cylomoteur pour se rendre à l'usine ou à l'université n'ont pas rallongé, on les effectue maintenant en voiture sous peine de laisser paraître que l'on est moins aisé que les autres... D'autre part, signe de l'évolution de nos rapports aux transports, on craint de plus en plus chez nous d'utiliser au quotidien les modes alternatifs de déplacement: le vélo, oui, mais le dimanche seulement. Car durant la semaine, de peur que les enfants allant à l'école à bicyclette ne soient renversés par une voiture, on les y emmène... en voiture! Des solutions existent: outre-Manche, sous l'impulsion de l'association Sustrans, les mentalités commencent à changer après la création de près de 8 000km de pistes cyclables. Il semblerait que sur ce plan la France puisse y prendre exemple (tout comme aux Pays-Bas ou au Danemark) pour agir et accélérer la mise enplace des 6 000 km de véloroutes et voies vertes prévues depuis plusieurs années.


Une goutte d'eau dans l'océan? Certes, mais le transport est à notre croissance mal maîtrisée ce que la partie émergée est à l'iceberg. On s'inquiète avec pertinence au niveau mondial des rejets de CO2 dans l'atmosphère, cependant le transport par voie routière, premier vecteur de consommation des hydrocarbures, reste dominant voire exclusif dans les schémas d'aménagement territoriaux, les carburants des compagnies aériennes ne sont pas imposés, et les taxes pétrolières existantes ne sont pas affectées à la lutte contre (ou l'adaptation à) l'effet de serre.


Les transports sont donc au coeur des évolutions à imprimer à nos modes de consommation, au sujet desquels nous devons rapidement nous poser des questions fondamentales: tel déplacement est-il indispensable? Un mode de transport alternatif moins gourmand est-il possible? Le coût environnemental de cet envoi de marchandise est-il correctement pris en compte et facturé par notre société? La vitesse de cette livraison pourrait-elle être ralentie, et un regroupement de voisinage effectué pour en réduire la facture énergétique?


Pour l'investisseur dans des "valeurs vertes" (plus de 50% du chiffre d'affaires dans des activités a priori plus favorables à l'environnement), aborder la problématique des transports amène à se poser ces questions, et rechercher les activités (transports collectifs, transports à émission de CO2 faible ou nulle) qui minimisent ces impacts du transport, voire les évitent: passée l'indispensable première prise de contact, pourquoi faire voyager un responsable de secteur si tous ses correspondants peuvent être réunis par vidéoconférence dans son bureau? De là découle tout naturellement un élargissement aux communications: quand des spectacles (concert, match de boxe) sont retransmis en direct et avec une interactivité de plus en plus poussée, uniquement via internet ou les canaux numériques de télévision, sur quelles infrastructures faut-il mettre l'accent: les salles à grand spectacle, routes et places de parking, ou les accès numériques à haut débit? Le bilan environnemental (énergie, émissions, nuisances...) de l'une ou l'autre alternative pourrait éclairer ces choix difficiles.







L'investisseur en valeurs vertes attiré par le transport et ce qui s'y substitue pourra donc faire son choix dans les fabricants de bicyclettes, chantiers navals de voiliers, transports collectifs ou ferroviaires (assez fréquents en Bourse), équipementiers de véhicules électriques ou spécialistes des vidéoconférences. Pour discriminer entre deux valeurs a priori similaires, il pourra éventuellement lire leur rapport environnemental.


Par ailleurs, il aura plus de mal à trouver des transporteurs maritimes ou fluviaux qui ne soient pas en partie consacrés au transport d'hydrocarbure. Et en revanche, il ne pourra pas encore trouver de société cotée de taille "décente" (env. €40Mns) produisant en série principalement des voitures sans émission, ou des dirigeables (pour ces derniers, l'allemand Cargolifter a vu sa capitalisation fondre en 2 ans et sa marge financière disparaître). Les constructeurs automobiles néammoins, sous la pression de certains groupes (p.ex. en Californie ou dans le centre de plusieurs villes italiennes), nous promettent des modèles Zéro émission dans les concessions pour bientôt.


En attendant, le groupe de valeurs hétéroclites qui figurent dans notre tableau fait la part belle aux transports ferroviaires ou collectifs, plus nombreux mais affichant des performances variées. Incontestablement le ruban bleu sur le moyen terme est Bénéteau, leader mondial des voiliers. Et à plus court terme, ce sont deux fabricants de bicyclettes qui portent le maillot jaune. Quand transport propre et performance boursière vont de pair, on respire un petit peu mieux...



* Les informations sur les activités de FinÆnviro sont consultables sur le site Internet finaenviro.com. Sauf indication contraire, l'auteur n'a pas au cours des dernières années traité d'opération financière sur les valeurs mentionnées. Patrick Hubert peut être joint au 01 3912 4011, ou par e-mail: contact @finaenviro.com