Valeurs Vertes N°61 (Avril 2003) - La Chronique de FinÆnviro *


Le tour du monde en 80 valeurs vertes (suite): "Climat et biomasse"


Tout ce que nous brûlons -pétrole, gaz, charbon, bois- pour produire, transporter, ou assurer notre confort utilise de l'oxygène et rejette du CO2. Les terriens pourraient accepter de consommer mieux (des prestations identiques dépensant moins d'énergie), mais rares sont ceux qui accepteraient de consommer moins. Or les possibilités de substitution existantes (maîtrise énergétique, renouvelables) sont souvent initialement plus chères que les procédés actuels. La pression du développement, et la croissance des consommations en résultant, rendent donc les objectifs du Protocole de Kyoto presque insupportables à des pays comme la Chine ou l'Inde, sauf si on subventionne leur adoption de technologies plus propres. Les Etats-Unis, eux, pourraient signer le Protocole mais l'administration Bush pense qu'on peut trouver des solutions techniques meilleures que la baisse des rejets de CO2 arbitrairement fixée à 10%. Oui, mais quoi, et quand?


L'un des axes de réflexion est la photosynthèse: les plantes absorbent le CO2, fixent le carbone, et rejettent de l'oxygène. Or nous brûlons actuellement environ mille fois plus que ce que la biomasse absorbe: il va donc falloir réfléchir vite et bien, pour que ce ratio passe à cent, puis dix, puis un pour un. Au delà du potentiel -limité- d'absorption des sols agricoles (cf. VV n°60, pp.28-29), cela implique vaisemblablement de développer de nouveaux supports (artificiels?) de photosynthèse, et d'augmenter la surface consacrée à la fixation du carbone (forêts sur terre, plancton dans les océans).


Dans cette perspective quelles entreprises cotées, Valeurs Vertes (plus de 50% du CA dans des activités améliorant l'environnement) en prise directe avec ces problématiques de la biomasse, pourraient donc intéresser un investisseur?


D'abord les gestionnaires de forêts (pas n'importe lesquels: peu pratiquent la terre brûlée, mais les labels "durables" ne traitent pas tous l'environnement de la même manière. Une première approche préfèrera le FSC même si Stora Enso, n°1 forestier de l'indice DJSI, panache FSC et PEFC pour ses approvisionnements). L'afforestation de surfaces non boisées, et l'utilisation accrue du bois (bâtiment) ou son stockage permanent doivent se développer pour séquestrer du carbone: parfois critiquées par certaines organisations, on inclura néammoins les plantations nouvelles.


Au delà de ces sociétés, les prestataires focalisés sur l'amélioration de la biomasse (en rendement, qualité, utilisations, apparences) ne sont pas nombreux à être cotés, mais on en trouve quelques uns: pépiniéristes, semenciers et bio-ingénieurs agronomes qui introduisent de nouvelles variétés ou adaptent des processus naturels.






Les performances de ce groupe "biomasse", valeurs cycliques affectées de plus par les secousses des marchés depuis deux ou trois ans, sont très contrastées. Notons le peu de sociétés cotées des USA dans la liste des valeurs retenues: bien que la sylviculture américaine compte des géants, ils préfèrent une certification nationale à la certification FSC, plus contraignante. Dommage... Enfin, le seul français présent est en partie abrité des exigences volatiles du marché: filiale cotée d'un groupe coopératif, Vilmorin bénéficie vraisemblablement de plus de mesure dans la fixation de ses objectifs.


En effet, le développement durable ne passe-t-il pas aussi par des objectifs de rentabilité plus raisonnables que les "15% annuels" hier encore sacro-saints? Un rendement après inflation de 12% permet de doubler sa mise en 6 ans et de la DÉCUPLER EN 20 ANS, soit une génération: comment la focalisation généralisée, sur des objectifs aussi puissants que cela par leurs conséquences sociales, psychologiques, et humaines, ne créerait-elle pas des déséquilibres dangereux? Notre société actuelle comparera sprinters et marathoniens. Quelques générations auparavant, on eût simplement rappelé: "qui veut voyager loin ménage sa monture". En bourse aussi.



* Les informations sur les activités de FinÆnviro sont consultables sur le site Internet finaenviro.com. Sauf indication contraire, l'auteur n'a pas au cours des dernières années traité d'opération financière sur les valeurs mentionnées. Patrick Hubert peut être joint au 01 3912 4011, ou par e-mail: contact @finaenviro.com