Valeurs Vertes N°62 (Juin 2003) - La Chronique de FinÆnviro *


Le tour du monde en 80 valeurs vertes (suite): "L'expertise a-t-elle la cote?"


La protection, réparation et l'amélioration de l'environnement créant le vaste marché que nous connaissons tous, il n'est pas surprenant d'y retrouver beaucoup d'entreprises qui y opérent. En revanche, comme nous l'avons déjà vu dans certaines chroniques précédentes, les entreprises "Valeurs Vertes" (plus de 50% du CA dans des activités améliorant l'environnement) sont bien plus rares: pour bon nombre de sociétés, la participation au secteur des éco-industries est soit le fruit du hasard (une des prestations traditionnelle de l'entreprise est devenue "éco-industrie"), soit au mieux une diversification raisonnée des activités afin de mieux équilibrer les sources de revenus futurs. Les entreprises qui font le choix de l'environnement, pour leur principal segment d'activité, sont donc en fait plutôt isolées dans leur secteur.


Cette rareté, notable déjà dans les activités industrielles ou de services récurrents aux entreprises et collectivités, devient caricaturale quand on recherche les Valeurs Vertes cotées en Bourse dans le domaine de l'ingénierie et des bureaux d'étude. Ces acteurs écnomiques sont pourtant au coeur de ce qui demain formera nos paysages, nos modes de transports et d'urbanisation, les méthodes de production industrielle et la réduction de leur nuisance. Ce sont les centaines de milliers d'ingénieurs, de techniciens, de biologistes, d'architectes et autres porteurs d'expertises variées et complémentaires qui aujourd'hui réfléchissent, et aident à construire et réparer ce qui demain nous permettra de vivre d'une façon plus respectueuse de l'environnement.


Est-ce parce que leur rôle est si important qu'il sont si discrets? Car en effet dans cette fonction aussi il y a beaucoup d'entreprises actives, mais 1°) relativement peu de grandes sociétés ont désigné ce domaine comme leur spécialisation principale, et 2°) dans ce sous-groupe les sociétés cotées sont largement minoritaires.



Nom

Pays

Bourse

Activité

CA 2002 (€Mns)

Résultat (€Mns)

Capitalisation. (€Mds)

Perform. 1 an

Perf. 5 ans

AEA Technology

GB

Londres

Consultants rail, env., technologies

500

33,0

0,18

-37,9%

-76,0%

Ecology & Environment Inc (EEI)

USA

AMEX

Consulting, tests

80

1,8

0,04

-18,0%

13,8%

Gaudriot

F

Paris

Ingénierie de l'Environnement

68

1,9

0,03

-75,0%

Intro 2000

RPS Group plc

GB

Londres

Consultants environmt.

150

15,0

0,37

-6,3%

140,0%

Tetra Tech, Inc.

USA

NASDAQ

Consult., enginrng. (eau, infrastruct.)

700

30,0

0,90

19,1%

41,7%







(sur base cours mi-mai)





Aussi faut-il saluer le courage de la stratégie adoptée par Gaudriot, le seul français de notre échantillon: nous l'avons repêché et inclus dans la liste bien que la capitalisation de la société - à l'heure où nous écrivons - soit inférieure aux 40 millions d'Euros nous servant habituellement de limite, mais le cours ayant perdu les ¾ de sa valeur en un an, le pari sur un rebond pour atteindre ce seuil nous paraît raisonnable. Attention néammoins aux développements stratégiques à venir: un des petits concurrents français cotés de Gaudriot, C2D (la Compagnie du Développement Durable) qui avait grandi vite mais s'est trouvé notamment trop exposé à l'international, a été mis en redressement en 2002. Or l'international est ce qui a motivé le très public appel du pied lancé par le président de Gaudriot à ses confrères de trois autres bureaux français d'ingénierie en environnement: "nos concurrents européens (notamment hollandais et britanniques) sont plus grands que nous, regroupons nous pour mieux les affronter" est en substance le message. La nouvelle entité aurait un chiffre d'affaires pro forma équivalant au quadruple du CA 2002 de Gaudriot. Rappelons que cette dernière a déjà fait croître son activité de 50% en 2 ans.


Dans ce contexte comment se présentent les concurrents étrangers par rapport au marché boursier?


Parmi les sociétés cotées, seule une autre a connu une forte désaffection. La britannique AEA Technologies souffre de deux choses: le segment ferroviaire de son activité est bien sûr affecté par la morosité générale dans les chemins de fer au Royaume Uni, et bien qu'elle ait clairement indiqué son intention de se dégager du secteur nucléaire et de se réorienter vers l'ingénierie environnementale, il est probable que la quasi-faillite du nucléaire britannique teinte aussi le jugement des investisseurs qui peuvent estimer que le virage a du mal a être pris. Ils lui préfèrent clairement sa compatriote RPS Group, focalisée plus tôt sur les problématiques environnementales et se positionnant comme le leader européen dans le domaine. Aux Etats Unis IT Group, qui était encore coté il y quelque temps a été rachetée par Shaw, et ses prestations incorporées dans une palette élargie de services.


Mais il sera surtout intéressant de voir comment, pour ce segment, les sociétés non cotées vont mener leurs stratégies: aux Etats Unis toujours, un des leaders est Earth Tech. Or cette société est filiale d'un groupe en difficulté, Tyco. Comme son segment est porteur, il doit être tentant pour l'équipe dirigeante d'envisager de couper les liens avec la maison-mére. De même les britanniques ERM ou Enviros, aujourd'hui groupes privés après le rachat par leurs équipes dirigeantes (MBO), n'ont pas fait mystère de leurs ambitions d'introduction en Bourse si le climat financier s'y améliore.


Voici donc déjà potentiellement trois candidats à la Bourse. Les secousses connues ces deux dernières années par toutes les valeurs cotées peuvent néanmoins donner à réfléchir, l’intégration dans un grand groupe généraliste étant toujours une alternative: le choix d’une cotation ne sera donc pas automatique. Et les principaux concurrents hollandais pourraient aussi très bien décider de poursuivre leur développement sans appel au marché boursier, un peu moins vite mais avec moins d’à-coups. Etant donné ces paramètres, que penser des perspectives de Gaudriot? Sauf problème imprévu, à 10 euros et en dessous, la valeur semble offrir un bon potentiel d’appréciation: soit la société parvient à poursuivre sa croissance et à participer à la constitution d’un plus grand ensemble de dimension européenne, soit elle intéressera un de ses concurrents. Dans tous les cas les investisseurs devraient en bénéficier.


Patrick Hubert



* Les informations sur les activités de FinÆnviro sont consultables sur le site Internet finaenviro.com. Sauf indication contraire, l'auteur n'a pas au cours des dernières années traité d'opération financière sur les valeurs mentionnées. Patrick Hubert peut être joint au 01 3912 4011, ou par e-mail: contact @finaenviro.com


Suite à l'analyse effectuée à l'occasion de cet article, FinÆnviro a réalisé début juin 2003 un investissement dans Gaudriot, au cours d'achat de 9,88 euros par action.


La cotation des actions ayant été ultérieurement suspendue dans des circonstances troublantes, FinÆnviro s'est associée à l'action en justice entamée par un groupe d'actionnaires minoraitaires.