La Chronique de FinÆnviro *


Le tour du monde en 80 valeurs vertes (suite et fin): "Quel prix pour le progrès?"


Peut-on parler d'une théorie de la relativité des progrès, notammenten matière d'environnement et cadre de vie? En effet dans ce domaine trois pas en avant effectués un jour sont régulièrement suivis de deux pas en arrière une ou deux générations plus tard... L'eau courante, par exemple, a contribué au 19ème et sutout 20ème siècle à rendre plus salubres des dizaines de milliers de taudis. Las, on s'aperçut que le plomb des canalisations était cause de saturnisme, et l'on équipe aujourd'hui les habitations de tuyaux en cuivre (on a aussi changé les moteurs à essence pour que cette dernière n'ait plus besoin de plomb). On remplace aujourd'hui de vieilles canalisations de fonte : verrons-nous dans quelques lustres les conduites publiques installées en nouveaux composés (PVC ou autre), déclarées pathogènes d'une autre condition? Croisons les doigts...

De même les propriétés isolantes de l'amiante ont permis à des millions de gens de se loger et chauffer à moindre coût, améliorant ainsi les conditions et durées de vie, jusqu'à ce qu'on réalise que ses poussières constituent un danger potentiel pour les poumons.

On pourrait multiplier les exemples, des progrès de l'agriculture grâce aux engrais, à l'air conditionné parfois porteur de légionellose. Même si les connaissances scientifiques s'accroissent année après année et cherchent plus à tenir compte du principe de précaution, il est impossible de tout imaginer et les échantillons, ou les durées, d'expérimentation sont parfois trop réduits pour anticiper correctement des effets pervers. Sans compter les pressions que font subir, aux garde-barrière de la diffusion de nouveaux produits, les entreprises dont les laboratoires inventent sans cesse de nouveaux produits (exemple récent le plus médiatisé: les OGM) D'où des cycles progrès-inconvénients-corrections inévitables, qui au bout du compte bénéficient quand même au plus grand nombre et améliorent les conditions générales de vie.


La correction de ces effets collatéraux des progrès de l'homo faber constitue une activité émergente, qui croît au fur et à mesure que non seulement l'on recense ces effets indésirables mais aussi que l'on ressent le besoin des les corriger. Rares sont ceux qui se préoccupent d'un sol pollué, jusquà ce qu'il contamine une nappe phréatique ou acquière une valeur foncière. (Les cyniques diront que c'est donc une activité de régions riches, les optimistes espèreront que les erreurs commises ne seront pas répétées dans les sociétés plus nouvellement engagées sur la voie du progrès). Et force est de constater que le besoin de traitement curatif se répand: le corps social le réclame, et le législateur commence à l'entendre. Le resserrement de la réglementation suite à des affaires comme celle de Métaleurop mettra notamment de plus en plus les générateurs de pollutions accumulées ou récurrentes dans l'obligation de rendre -à terme- les lieux de leur activité "aussi propres qu'ils les ont trouvés" au début de cette activité. Ou, à défaut, au moins neutralisés pour éviter les fuites, en attendant que le rapport coût de traitement / intérêt de l'opération soit acceptable.


Le marché du traitement des pollutions est substantiel. Rien que dans le domaine des sols en France, le Ministère de l’Ecologie estime le marché, en croissance, de la dépollution à environ 300 millions d’euros (et notre pays n'est pas le plus en pointe dans ces domaines). Deux bases de données du Ministère donnent une idée du nombre de sites pollués: Basol , qui surveille les 3 000 à 3 500 sites à pollution avérée dont les responsables doivent maîtriser l’impact; Basias, la mémoire du passé des activités industrielles en France, qui en 2005 devrait dénombrer 300 à 400 000 sites: tous ne nécessiteront pas un traitement, mais on peut gager que les entreprises du secteur y trouveront des marchés pour plusieurs décennies encore. A ce potentiel d'activité s'ajoutent la dépollution de l'air (plus de 200M€) le désamiantage, le traitement des lisiers d'élevages intensifs, et d'autres problématiques existantes ou à venir. Pour l'Union Européenne, la note de conjoncture du MEDD sur les éco-entreprises au 1er semestre 2003 évalue les seules dépenses de dépollution des sols et eaux à 3,4 milliards d'euros en 1999 pour les 15. Dans l'Europe des 25 en 2004, compte tenu du passif environnemental de certains nouveaux membres, c'est donc un marché au potentiel considérable qui s'offre aux sociétés spécialisées dans ces domaines. Et comme les situations à traiter se retrouvent encore fréquemment aussi dans les grandes autres nations industrielles (Etats-Unis, Russie), on pourrait s'attendre à trouver de nombreux opérateurs déjà bien établis et cotés en Bourse.


Nombreux, relativement. De capitalisation suffisante pour offrir un minimum d'assise financière et de liquidité du titre, beaucoup moins: culture boursière aidant, beaucoup des opérateurs sont des sociétés nord-américaines maîtrisant plus ou moins des technologies relativement récentes, prometteuses mais encore insuffisament répandues pour assurer des chiffres d'affaires important. On y trouve phytoremédiation, bioremédiation, traitements par plasma, nouveaux procédés de compostages etc. Pour qui veut faire un pari sur des jeunes pousses c'est un champ d'investigation rêvé. Et des consolidations et rachats permettront sûrement bientôt des plus-values intéressantes. Mais la bulle TMT est la dernière qui nous ait rappelé que le rêve peut devenir cauchemar.


Pourquoi pour le traitement des pollutions trouvons-nous en fin de compte assez peu d'opérateurs spécialisés avec plus de 40M€ de capitalisation? Là encore, comme par exemple dans le conseil, parce que le domaine est soit couvert par des grands groupes plus généralistes qui offrent cette activité (parfois en l'ayant filialisée ou départementalisée) au sein d'une palette diversifiée de services non-environnementaux, soit par des sociétés non cotées. Un autre facteur est vraisemblablement la relative nouveauté de ces activités, où la jeunesse des opérateurs explique aussi lafragmentation et la grande diversité des procédés utilisés. Cela étant, compte tenu de la taille du marché planétaire actuel et potentiel, verra-t-on émerger plus de sociétés pour rejoindre les sept qui complètent ainsi notre "Tour du monde en 80 Valeurs Vertes"? On peut le penser.








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* Les informations sur les activités de FinÆnviro sont consultables sur le site Internet finaenviro.com. Sauf indication contraire, au cours des dernières années ni FinÆnviro ni l'auteur n'a traité d'opération financière sur les valeurs mentionnées. Patrick Hubert peut être joint au 01 3912 4011, ou par e-mail: contact @finaenviro.com