(Valeurs Vertes, Juin 2005)

La Chronique de FinÆnviro *


Le CO2 , un marché prometteur? (suite & fin)


L'histoire connue de notre espèce recense un nombre impressionnant de calendriers (dont chinois, amérindiens, juif, chrétiens, musulman, révolutionnaire, etc.) plus ou moins exacts, marquant des ères plus ou moins durables, mais dont les évènements fondateurs - naissance, fuite ou autre – purent sembler anodins à leurs contemporains. Il est donc difficile d'affirmer dès à présent que l'année en cours restera l'An I de l'ère du Protocole de Kyoto, mais l'entrée en vigueur de ce dernier marque probablement une inflexion dans l'organisation des activités humaines. Alors que presque toutes engendrent des émissions de CO2, on s'engage à réduire celles-ci, ou payer un tiers pour le faire : le maintien en bon état de notre climat devient facturé à l'usage.


Au sein de l'UE, le Protocole se décline initialement (cf. nos chroniques précédentes sur le sujet) via le Système Européen d'Echange de droits d'émission, European Trading Scheme (ETS). Pour les 12.000 installations concernées, les achats ou ventes de quotas peuvent se faire soit de gré à gré (éventuellement en direct, mais le plus souvent via courtier), soit en passant par des places de marché. En sus de l'anonymat, ces dernières offrent l'avantage de mutualiser les risques de contrepartie. La première à se lancer a été Nord Pool : la bourse scandinave de l'électricité basée à Oslo était opérationnelle dès le 11 février. Elle a été suivie le 9 mars par la bourse allemande de l'énergie EEX (European Energy Exchange), puis le 22 avril par l'ECX de Londres, co-entreprise du Chicago Climate Exchange (CCX) et l'International Petroleum Exchange (IPE). Début mai, la plate-forme française PowerNext Carbon était en phase de test depuis mars, l'EXAA de Vienne (liée au registre autrichien) offrait de coter 2 mardis par mois, et deux autres bourses (espagnole et néerlandaise) finalisaient leurs préparatifs : y aura-t-il assez d'activité pour tous ces opérateurs?


Les prix constatés par les opérateurs reflètent la jeunesse de ce marché, dont la volatilité exagère les mouvements (+165% entre janvier et avril). Si en janvier les cours pâtissaient de la confusion régnant encore sur les PNAQ, la position restrictive adoptée par la Commission et la vague de froid de février ont suscité une hausse brutale en mars (notons toutefois que la Banque Mondiale conserve une hypothèse de cours à long terme de 5 à 10$ en 2012 pour des réductions certifiées... hypothèse en ligne avec celle d'une agence telle que PointCarbon, spécialisée dans ce domaine; qui projette pour 2010 un marché de 34 milliards d'Euros, soit 4,5 milliards de tonnes échangées.






















Les volumes mesurés par PointCarbon et consors montrent deux choses : d'une part une croissance très rapide, le marché doublant d'un mois sur l'autre entre décembre et janvier, et de nouveau le mois suivant; d'autre part les transactions de gré à gré (OTC) sont prédominantes, dans un rapport estimable à 5 en OTC pour 1 sur marché organisé. Quel que soit le canal choisi (gré à gré ou marché organisé), les transactions doivent être centralisées dans le registre paneuropéen, en passant au besoin par les registres nationaux : ainsi par exemple, des difficultés rencontrées par le registre allemand ont affecté le niveau des volumes traités sur l'EEX. Enfin, les spécificités (taille des lots, dates de livraison etc.) de ces produits destinés aux professionnels varient en fonction des places de marché, et influent aussi sur la demande.


Si les professionnels ont donc accès à un large choix d'instruments, les particuliers devront encore attendre :


On peut donc entrevoir la possibilité de diversifier (modestement) un portefeuille d'investissement pour bénéficier d'un "effet CO2". En revanche, faut-il craindre ce même effet sur les prix de l'énergie, ou sur d'autres valeurs cotées? En toute logique, le Protocole de Kyoto qui restreint les consommations énergétiques à base fossile, devrait être un frein à la progression de leurs prix et conduire à une situation équilibrée : pénalisés, leur demande chuterait, tandis que l'offre accrue de produit alternatifs (y compris d'économie d'énergie) ferait baisser les prix de ces derniers. Le budget énergétique global resterait donc à peu près inchangé, même si la consommation fossile doit tendanciellement baisser. A cet égard, la situation hivernale de début 2005 avec un prix du baril et de la tonne de CO2 simultanément élevé, fut a priori atypique. En ce qui concerne les valeurs "fossiles" cotées, plusieurs opérateurs (on pense notamment à Air France KLM) affectés par la hausse du pétrole ont pu répercuter cette dernière sur leurs propres prix : à partir du moment où l'équilibre mentionné ci-dessus s'établira, il ne serait pas trop surprenant de voir qu'une baisse du coût des combustibles doive s'accompagner d'une haussse tarifaire imputée au Protocole, ceci compensant cela.


En revanche, c'est dans la deuxième phase de l'ETS (2009-2012), et surtout après 2012 (Kyoto, 2ème round) que les perspectives se compliquent. En mars les Ministres de l'Environnement avaient clairement insisté, pour que les objectifs de cette nouvelle phase soient beaucoup plus ambitieux : une réduction de 15 à 30 pct pour 2020, et 60 à 80 pct pour 2050. Compte tenu de l'alternative déplaisante dessinée par les modèles climatiques, cette exigence est a priori lucide. Combinée à la nécessité de faire adhérer les pays actuellement non contraints (surtout Chine, Inde, Brésil, Etats-Unis & Australie) elle laisse à penser que les trois à cinq ans, restant pour négocier avant les mises en oeuvre de bases révisées, seront bien remplis et parfois agités. Il ne faut pas s'attendre à ce que l'évolution du marché du CO2 soit un long fleuve tranquille.




* Les informations sur les activités de FinÆnviro sont consultables sur le site Internet www.finaenviro.com.

Patrick Hubert peut être joint au 01 3912 4011, ou par e-mail: contact @finaenviro.com