(Valeurs Vertes, Octobre 2005)


La Chronique de FinÆnviro *


Piles à combustible : la (re)charge de la brigade légère

Imaginez-vous, ami lecteur, avoir découvert en 1998-99 le futur "Intel sur roues" dont le produit deviendrait à l'automobile ce que le microprocesseur est à l'ordinateur, grâce à des articles de presse. Après réflexion, vous investissiez comme l'auteur de ces lignes une part modeste de votre portefeuille dans Ballard en novembre 1999, à moins de Can$40 l'action. A peine quatre mois plus tard, s'appréciant de plus de 400% elle dépassait les Can$210! Avez-vous alors pris quelques bénéfices, comme la sagesse boursière le conseille dès qu'une valeur monte de plus d'un tiers? Ou la cupidité et la fièvre boursière du tout-internet vous firent-elle oublier la prudence? Dommage car, fin 2001, le titre peinait à se maintenir au-dessus de Can$40, et début juin 2005 il touchait le fond, à Can$4,32. Depuis, l'action a regagné près de 50%, dopée entre autre par la flambée du baril, mais ce regain estival est aussi à comparer au bond de Baidu (un moteur de recherche chinois) dont l'action a gagné 350% le jour de son introduction en bourse : la saison porte à l'exubérance, irrationnelle ou non.


Quel est donc le produit miracle de Ballard? C'est la pile à combustible (PAC), une technologie qui combine les avantages de la batterie (silence, efficacité) et ceux du réservoir à essence (remplissage rapide, large diffusion).


Une clé de la problématique énergétique actuelle reste le stockage : d'une part il faut écrêter les à-coups tant en production (renouvelable éolien ou solaire) qu'en consommation et d'autre part, les modes de vie nomades tendant à se répandre, il faut aussi que cette énergie soit pratique (fini la torche en bois pour le camping...), propre (Kyoto oblige) et la plus légère possible. Des progrès ont été faits dans la technologie des batteries (cf. Batscap de Bolloré) et la gestion de la recharge, mais la PAC intéresse de plus en plus de monde car elle offre plus de flexibilité. Son poids moindre et ses performances fiables l'ont fait préférer dans l'espace, où ces critères priment sur le coût.


Découverte au19ème siècle, en fait la PAC ne stocke pas l'énergie. Elle transforme un potentiel énergétique (hydrogène ou méthanol, en cartouches par exemple) en électricité via le passage au travers d'une membrane spéciale. Ajoutez un catalyseur, de l'oxygène en bout de circuit, et l'hydrogène s'y combine pour produire de l'eau et de la chaleur d'une part, et abandonner un électron d'autre part : l'électricité circule.

C'est "tout simple", mais onéreux : membranes complexes à longévité problématique, catalyseurs comme le platine, concurrence de méthodes éprouvées et moins chères (piles et batteries) pour les marchés grand public, la PAC restait une curiosité des (riches) labos spatiaux jusqu'aux années 1990.


C'est alors que la Californie a décidé, pour combattre le smog, de rendre obligatoire un pourcentage des ventes d'autos "zéro émission", pour tous les constructeurs. Ceux-ci ont d'abord expérimenté avec des batteries classiques. Résultat : vitesse correcte, mais faible autonomie, recharge longue, et lourdeur du véhicule. General Motors qui avait lancé l'EV1 (en location uniquement) le retira au début des années 2000. Il faut dire qu'entretemps, ayant vu GM peiner avec les batteries, Daimler-Chrysler et Ford s'étaient associés avec le pionnier de la PAC... Ballard! Le soutenant financièrement, ils espèrent bien équiper un jour des voitures électriques avec ces PAC (en 1998 on disait 2004, aujourd'hui on prévoit 2015...). Mais s'ils sont lents, les progrès sont réels, et GM, Honda, Hyundai, Nissan, Volkswagen et autres travaillent maintenant aussi sur cette solution.


Déjà sur certaines routes (Californie où le Gouverneur Schwartzenegger veut créer un réseau de stations à hydrogène, mais aussi au Canada, en Allemagne etc.) on peut voir des voitures et autobus en phase de test. Par ailleurs certains audacieux promettent la commercialisation de deux- roues pour 2006 (Intelligent Energy, mais aussi Palcan, ou Aprilia sont sur les rangs), et plus prosaïquement le secteur industriel des chariots élévateurs est sensible aux avantages de la PAC notamment en milieu clos. Pour le marché de la maison, des solutions combinant chaleur et électricité sont testées un peu partout (Gaz de France, Ballard/Ebara, UTC, General Electric et autres expérimentent aux plus hauts niveaux de leurs pays : une PAC domestique est ainsi installée chez le premier ministre japonais). Et on trouve aujourd'hui des piles à combustibles prototypes jusque dans les airs (Aerovironment, Boeing). Néanmoins il est probable que la première application grand public sera du côté des portables (ordinateurs & téléphones), où le prix de l'énergie embarquée compte moins que sa disponibilité (faites vous peur : calculez le prix au kWh de l'énergie dans une pile non rechargeable...).


Enfin, en sus de ses vertus environnementales (bruit réduit+ efficacité énergétique = moins de pollutions) la PAC, plus frugale que le moteur thermique, bénéficie de la hausse du prix de l'énergie : là aussi, bon pour le climat et bon pour le portefeuille.


Alors, la désaffection boursière de Ballard était-elle méritée? Tout d'abord l'internet avait contaminé tout le secteur technologique après mars 2001. Les divers apporteurs de capitaux, qui précédemment avaient porté aux nues les projections de vente d'aliments pour chiens via la Toile, ignorèrent pendant longtemps les progrès tangibles que les docteurs en physique, ingénieurs chimistes, et techniciens réalisaient dans les laboratoires et chaînes de montage prototypes, chez Ballard ou ailleurs. Ensuite, il faut dire aussi que les espoirs et annonces ne se sont pas concrétisés aussi vite que prévu (et les constructeurs sont frileux sur le marketing : ils ne veulent pas encore se risquer à tester le snobisme poussant la demande pour un véhicule PAC précurseur qui soit hors de prix...)


Mais comme aujourd'hui les coûts baissent et les performances montent, il n'est probablement pas trop tard pour s'intéresser à la résurgence des valeurs PAC. Quand on trouve des sociétés cotées "pures" (certaines alliances comme celle de Nuvera avec Renault n'ont pas encore fait appel à la Bourse), elles ne pèsent généralement pas très lourd. En leur faveur, on mettra les milliards d'euros déjà investis dans du concret, les perspectives commerciales qui se matérialisent, et les prix élevés de l'énergie. Mais l'avenir n'est cependant pas tout rose : le suisse Hexis-Sulzer ne s'est pas vendu et parle de fermer, d'autres sociétés sont encore dévoreuses de fonds, et les investissesurs initiaux traînent parfois les pieds pour remettre au pot. Le choix des quelques équipes qui remporteront le trophée n'est pas facile : faites vos jeux avec discernement !







© FinÆnviro 2005


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Sauf indication contraire, l'auteur n'a pas (ni directement ni au travers de FinÆnviro) traité d'opération financière sur les valeurs mentionnées au cours des dernières années

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