(Valeurs Vertes, Février 2006)


La Chronique de FinÆnviro *


Solaire : un segment à l'avenir brillant

Ils étaient 5 millions de français l'an dernier à qui leur banquier préféré a vendu des actions EDF, parfois "à l'insu de leur plein gré". La performance de cet investissement les a-t-elle satisfait? Sur quelques semaines, le jugement est réservé. Il faut dire que, cédant les joyaux de sa couronne, la République ne pouvait pas le faire au rabais : vendues cher, les actions ont du mal à s'apprécier rapidement. La comparaison avec Gaz de France introduite quelques mois avant n'en est que plus frappante... Néanmoins face au renchérissement du prix des énergies fossiles utilisées pour faire tourner les centrales des concurrents européens, peut-être que la relative protection offerte par le parc nucléaire français se révèlera un atout de long terme ? Cet espoir a permis de générer une plus-value, qui à mi-janvier atteint environ 10%.

Dans l'électricité, mais solaire, deux autres introductions en bourse en novembre et décembre concernaient le fabricant américain SunPower, suivi de près par le chinois Suntech. Leur performance : +32% pour le premier, +70% pour le second... Bien qu'encore jeune, le photovoltaïque (PV) est un marché mondial, dont la croissance annuelle dépasse les 40%. Les opérateurs chinois y effectuent là aussi une croissance fulgurante, leur capacité de production étant passée de moins de 1% du marché à plus de 20% en cinq ans. Leur ambition est de quintupler en cinq ans cette capacité qui devrait dépasser 820MW en 2006 (l'équivalent d'une petite tranche nucléaire, mais sans avoir à transporter l'électricité vers son consommateur).


Cette chronique était inenvisageable il y a seulement 3 ans : les valeurs solaires étaient rarissimes, représentant une niche financière confidentielle avec des capitalisations très faibles. Mais depuis, plusieurs phénomènes se sont conjugués :

En premier lieu, l'effet baril : de 2002 à 2005 le prix du pétrole a plus que doublé, celui du gaz a suivi, rendant les énergies alternatives plus compétitives (rappelons que les énergies fossiles sont du "solaire en boîte" : charbon ou pétrole ne sont que de la biomasse transformée pendant des centaines de millions d'années. Et l'énergie solaire reçue sur terre est gigantesque : 1% du rayonnement touchant la surface de la planète suffirait pour satisfaire 50 fois les besoins énergétiques de ses habitants).

En second lieu, la multiplication de prouesses technologiques démontrant la fiabilité du PV (les panneaux sont communément garantis plus de 20 ans) : le record mondial d'altitude est détenu par un aéronef à cellules solaires ; dans la course australienne Darwin-Adelaide (3000km ) de voitures solaires, le vainqueur 2005 a dépassé 100km/h de moyenne ; le suisse Bertrand Piccard, auteur du premier tour du monde sans escale en ballon, prévoit de rééditer l'exploit en avion solaire pour 2010. Finie l'époque des hippies et "baba cools", aujourd'hui ils sont devenus pionniers (véhicules solaires au long cours) ou rentiers (toits solaires en Allemagne, bientôt Californie, suivant le Japon précurseur sans énergie fossile et où les incidents étouffés de la filière nucléaire ont discrédité cette dernière).

Autre facteur de changement, la dérèglementation et l'ouverture régulée du marché : le consommateur peut choisir son fournisseur d'électricité, et ce dernier dans de nombreux endroits (Europe, Etat-Unis, Chine) doit fournir un pourcentage minimum d'électricité d'origine renouvelable, pour des raisons tant géostratégiques - de réduction des dépendances- que climatiques – Protocole de Kyoto oblige.

Enfin, depuis début janvier la Californie est le dernier exemple de marché où le gouvernement décide de favoriser le PV par des aides financières. Le gouverneur républicain Schwartzenegger endosse ainsi le mouvement général qui est à la base de la croissance du secteur : le changement de paradigme. En effet, le solaire est l'archétype de l'énergie distribuée, c'est à dire celle qu'on produit sur son lieu de consommation: thermique (eau chaude) ou photovoltaïque (électricité), il suffit d'installer le(s) panneau(x) sur son toit... Jusque dans les annnées 90, l'essentiel de ces panneaux étaient installés dans les endroits isolés que les réseaux électriques classiques n'atteignent pas : villages du tiers-monde, refuges de montagne, phares etc. D'où une demande pérenne (il y a encore des milliards de terriens sans électricité) mais modestement solvable et un marché morcelé. Tout a changé quand, soucieux de diversifier un peu leurs approvisionnement énergétiques, le Japon puis les Etats-Unis et l'Allemagne ont mis en place des systèmes de rachat à bon prix, par les opérateurs, de l'électricité photovoltaïque produite par les particuliers connectés aux réseaux. Ces rachats ont un sens puisqu'ils permettent l'écrêtage, notamment des coûteux pics de consommation d'été qui se développent en parallèle avec la demande d'air conditionné. De plus tant que le volume global racheté reste modeste, le surcoût du prix général du kWh est quasiment imperceptible, alors que les emplois créés pour produire des panneaux solaires et les installer se chiffrent en dizaines de milliers...

Le résultat de cet effet boule de neige est que la masse critique semble aujourd'hui atteinte, que les chiffres d'affaires grimpent et que les introductions en bourse se multiplient. Autre bénéfice, la baisse des prix est logiquement inscrite dans la multiplication des investissements, et les gains de productivité prévisibles vont rendre plus accessible l'électricité photovoltaïque notamment pour les pays du tiers-monde, le principal marché d'origine : la boucle est bouclée.


Les valeurs solaires sélectionnées ici sont (hormis Carmanah -solutions d'éclairage à base de solaire) des sociétés cotées focalisées sur le "pur PV" (surtout des allemands et américains, les japonais étant plus intégrés avec l'industrie électronique : Sharp, Kyocera etc.). Par ailleurs d'autres introductions sont à prévoir, pour financer les besoins de déploiement des technologies plus ou moins développées qui existent en Espagne, Inde, Etats-Unis ou ailleurs. Dans ce domaine aussi, la France a malheureusement quelque retard à combler.





On notera que les multiples de cours sur bénéfices prévus (PER) sont assez élevés, ce qui est normal pour des sociétés en hyper-croissance mais doit aussi inciter à ne pas suivre aveuglément un marché à la mode qui pourrait surchauffer, sur des valeurs nouvelles pour les investisseurs. Des facteurs de risque existent (approvisionnement en silicium, pérennité des tarifs favorables, obsolescence, ou mise en oeuvre des process industriels) : à l'image de l'expérience de feu Astropower- expulsée de la cote puis ramassée à prix cassé par General Electric qui vend maintenant ses panneaux solaires - on assistera probablement encore à certaines déconvenues.

Cependant, si les majors des énergies fossiles ont encore de beaux jours devant elles, et si certaines (BP, ChevronTexaco, Shell, Total etc.) sont actives dans le domaine du PV, les petits Poucets du solaire n'ont certainement pas l'intention de se laisser manger, ni probablement de faire indéfiniment de la figuration. En 1980, la société Dell n'existait pas et le secteur informatique était dominé par IBM. Un quart de siècle plus tard, celui-ci revendait son activité PC à un chinois. Il n'aura pas fallu 25 ans pour, de même, bouleverser le secteur Telecom. Gageons que les énergéticiens traditionnels et les majors auront une génération tout au plus pour aller, comme le dit l'une d'entre elles, "au-delà du pétrole" (Beyond Petroleum) et que s'il ne les menace pas, le solaire leur fera alors bien de l'ombre...



P.S. En solaire thermique, les chinois dominent largement le marché mais on trouve peu de sociétés cotées. Et puis, quitte à investir, autant s'équiper de chauffe-eau sur le toit de son logement (bien isolé) car avec les aides de l'ADEME et des régions, et les déductions fiscales, l'investissement n'est plus un pari sur des valeurs plus ou moins volatiles, mais bien une couverture prudente de père de famille contre les fluctuations de prix énergétiques.



© FinÆnviro 2006


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Sauf indication contraire, l'auteur n'a pas (ni directement ni au travers de FinÆnviro) traité d'opération financière sur les valeurs mentionnées au cours des dernières années

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