La Chronique de FinÆnviro *
Le tour du monde en 80 valeurs vertes (avant-dernière étape): "La transmutation des déchets"
La démarche "du berceau au berceau", dont l'architecte écologue William McDonough est une figure emblématique, vise à concevoir et utiliser les produits et services pour que d'une part ces derniers satisfassent nos besoins de la façon la plus efficiente possible, et que d'autre part le résidu non consommable par l'un devienne la matière première de l'autre. C'est le principe des éco-parcs industriels, où les rejets d'une usine A (molécules et chaleur, par exemple) alimentent une usine B et un circuit de chauffage urbain voisin C: si B et C n'étaient pas là, la production de A comporterait des déchets, que la présence de ces voisins élimine tout simplement. Bien sûr, les éco-parcs industriels restent encore rares aujourd'hui, mais le défi à relever portera vraisemblablement ses meilleurs fruits dans ce domaine, car les déchets ménagers représentent moins du ¼ de l'ensemble des déchets non-agricoles.
Mais si la réduction, à la source, des quantités de déchets produits est un objectif atteignable à terme grâce à cette démarche, dans l'immédiat le traitement des quantités encore croissantes que nos sociétés produisent doit quand même être opéré. Le recyclage, couvert dans ces colonnes il y a quelques mois, fait partie des outils utilisés de façon croissante pour cela, cependant les acteurs qui manipulent les déchets ont bien souvent une plus large gamme de moyens à leur disposition (dont enfouissement, méthanisation, ou incinération).
Mis à part quelques exceptions, le segment industriel des déchets est encore émietté: il est poussé par une législation de protection de l'environnement et de la santé qui tend - par des exigences croissantes correspondant à une aspiration de la société - à élargir son champ d'intervention ou la valeur ajoutée des prestations, et c'est un facteur positif. Cependant il est généralement aussi contraint de manière stricte par des instruments de régulation, un contexte juridique variable (avec parfois des contrats de concession façonnés sur les modèles du secteur cousin de l'eau), et une concurrence plus ou moins vive selon les zones d'opération. C'est pourquoi une certaine disparité des coûts de traitement des déchets domestiques en Europe, identifiée dans une étude remise à la Commission Européenne l'an dernier, touve un écho dans les situations concurrentielles variées qu'on peut observer aux Etats-Unis et qui suscitent des stratégies divergentes de la part des entreprises américaines.
Tout cela explique les mouvements de concentration, structurations et restructurations qui ont agité les opérateurs depuis les années 80: à défaut de toujours transformer les déchets en or comme espéré par leurs actionnaires, certaines sociétés se sont métamorphosées à plusieurs reprises.
Plusieurs de ces acteurs, notamment européens, rassemblent services de l'eau et des déchets sous une ombrelle unique: les industriels apprécient le partenariat d'un seul fournisseur intégré, alors que certaines municipalités refusent systématiquement ce couplage jugé dangereux.

D'autres, comme dans le tableau ci-contre Waste Connections, Casella ou Capital Environment Resource, grandissent par acquisition en consolidant leur marché régional (on prêtera attention à certains niveaux de valorisation: le pari du maintien de la croissance n'est pas toujours facile à tenir)
D'autres enfin comme Stericycle, ou dans une moindre mesure Clean Harbors et Séché Environnement, suivent une stratégie de niche (déchet médical, industriel, ou toxique) pour leur croissance.
Globalement, il est patent que la rentabilité du segment est assez médiocre (certains concurrents sont dans le secteur para-public, et n'ont donc pas les mêmes objectifs que les actionnaires des sociétés cotées), les performances en bourse pouvant par ailleurs être chaotiques. Néammoins, la focalisation assidue sur une niche ou une région, combinée à une croissance sans bouleversements, semblerait permettre (Stericycle, Waste Connections) de combiner des marges profitables et un parcours boursier harmonieux. Mais, bien sûr, les alchimistes qui trouvent la pierre philosophale en gardent jalousement le secret...
P.H.
Prochaine chronique (et fin du Tour du Monde, avant une nouvelle série): les activités de réhabilitation/réparation
* Les informations sur les activités de FinÆnviro sont consultables sur le site Internet finaenviro.com. Sauf indication contraire, l'auteur n'a pas au cours des dernières années traité d'opération financière sur les valeurs mentionnées. Patrick Hubert peut être joint au 01 3912 4011, ou par e-mail: contact @finaenviro.com